Les protagonistes

Présentation des protagonistes des catastrophes minières du bassin de la Loire

Paul Bert (1833-1886) : Scientifique et homme politique, compagnon de Gambetta et de Ferry, l’un des pères de l’école républicaine. Elève de Claude Bernard et savant physiologiste. Meurt du choléra au Tonkin en 1886.

Louis Baretta : Ingénieur en chef des mines de Beaubrun de 1865 à 1880, puis directeur de la compagnie jusqu’à son rachat par la S.A. des Mines de la Loire en 1893.

Jules Chansselle : Major de sa promotion à l’école des mines de Saint- Étienne en 1859. D’abord divisionnaire à Roche-la-Molière, puis ingénieur en chef aux Houillères de Saint-Étienne. Secrétaire de la Société de l’Industrie minérale, où il assure la traduction de nombreuses publications allemandes et britanniques. Il quitte Saint-Étienne en 1892, après la catastrophe du puits de la Manufacture pour diriger les charbonnages d’Urikany en Hongrie.

Alphonse-Louis Chosson : Né en 1838 à Romans. Entre à Polytechnique en 1856, ingénieur au corps des mines en 1862. Spécialiste des schistes bitumineux de l’Autunois. Admis à la retraite en 1898.

Émile Coste : Polytechnicien, ingénieur au corps des mines en 1889. Nommé d’abord à Rodez, aux côtés de Curières de Castelnau, il suit ce dernier à Saint-Étienne en 1890. C’est Émile Coste qui dirige la sauvetage du puits de la Manufacture et indique les causes de l’accident. « Pantoufle » à la direction des mines de Blanzy en 1900 (« pantoufler », pour un haut fonctionnaire, c’est  travailler pour une entreprise privée).

Gabriel de Curières de Castelnau (1849-1907) : Promotion 1868 de Polytechnique, ingénieur au corps des mines en 1870. Frère du général Edouard de Curières de Castelnau. Nommé à Saint-Étienne après la catastrophe de Verpilleux en remplacement d’Alphonse-Louis Chosson, avec pour mission le rétablissement de la sécurité dans les houillères. Dirige l’école des mines de Saint-Étienne de 1893 à 1897, puis « pantoufle »  à la direction de la Compagnie des mines de la Grand’Combe. Il est la cheville ouvrière de la réaction réglementaire de l’Administration des Mines après les catastrophes stéphanoises.

Gabriel-Auguste Daubrée (1814-1896) : Polytechnicien, savant géologue, théoricien, membre de l’Académie des sciences et le Royal Society. Il préside en fait la commission du grisou dont Haton de la Goupillière est la cheville ouvrière.

Jean-Baptiste Dumay  (1841-1926) : Ouvrier aux usines Schneider, il se lance dans la politique en 1870 et se fait élire maire du Creusot. Exilé en Suisse après la Commune, il revient après l’amnistie et devient député de la Seine en 1889 sous les couleurs du socialisme possibiliste. Il dépose plusieurs propositions de lois à visée sociale. Ses interventions en séance publique sont nombreuses, consacrées à la défense des grévistes, des droits syndicaux ou à la sécurité des travailleurs. Il préside la commission d’enquête parlementaire sur la catastrophe de Villeboeuf. Il se présente à Saint-Etienne aux élections de 1893 mais est battu par le candidat du courant opportuniste, Benoît Oriol.

Julien-Napoléon Haton de la Goupillière (1833-1927) : X-Mines, professeur d’exploitation à l’Ecole des Mines de Paris, puis directeur de cette école de 1887 à 1900. Il publie en 1883 un cours d’exploitation resté classique.

Paul Holtzer : Ingénieur aux Houillères de Saint- Étienne depuis 1880. Publie dans le Bulletin de l’Industrie minérale en 1897 une étude sur le bassin houiller d’Héraclée du Pont, maintenant Zongüldak, en Turquie.

Henri Kuss (1852-1914) : Promotion 1871 de Polytechnique, ingénieur au corps des mines en 1877. Savant géologue envoyé à de nombreuses reprises en mission à l’étranger. Arrivé à 1890, il ne reste guère à Saint-Étienne plus de six mois, mais fait appliquer, dans les mines des Sociétés de Roche-la-Molière et Firminy, de Montrambert-Béraudière, et des Mines de la Loire, une série de mesures destinées à prévenir les explosions de grisou. Il fait partie de l’équipe de Curières de Castelnau.

Michel Rondet (1841-1908) : Pionnier du syndicalisme des mineurs, fondateur en 1866 de la Fraternelle, une caisse de secours qui joue un rôle important dans les grèves de 1869. Incarcéré pendant 5 ans après la Commune de Saint-Étienne, Michel Rondet est élu secrétaire du syndicat des mineurs de la Loire en 1881. Il crée au congrès de Saint-Étienne en 1882 la fédération des mineurs. Ce républicain sincère, éloigné des conceptions anarchistes et révolutionnaires, utilise la voie légale pour améliorer la condition des mineurs. Il inspire notamment la loi de 1890 sur les délégués à la sécurité, la loi de 1892 sur le travail des femmes et des enfants, la loi de 1894 sur les retraites.

Caroline Rémy, alias Séverine (1855-1929) : Journaliste et écrivaine, féministe et libertaire. Elle soutient dans son journal Le Cri du Peuple les luttes sociales de la fin du 19e. Surnommée « la petite mère des mineurs », elle est en relation avec Michel Rondet qui l’accueille à Saint-Étienne après la catastrophe de Villeboeuf.

Louis-Marc Tauzin (1856-1921) : Admis à polytechnique en 1874, intègre le corps des mines en 1877. Tauzin fait partie des « mousquetaires » de Curières de Castelnau. Professeur à l’école des mines de Saint-Étienne, il en prend la direction au départ de Castelnau, de 1896 à 1907. Élu président de la Société de l’Industrie minérale, société savante d’ingénieurs civils, il contribuera à ce poste aux progrès de la sécurité dans les mines. C’est à Tauzin que revient le mérite de cristalliser les acquis de la crise des années 1890.

Benjamin Villiers : Ingénieur principal puis directeur des Houillères de Saint-Étienne. Il introduit la lampe Mueseler dans la Loire en 1870 et la dote en 1873 de la fermeture magnétique qui porte son nom. Il meurt en 1903.

La hiérarchie de la mine

La hiérarchie de la mine

Les compagnies sont dirigées par un administrateur délégué ou un directeur, souvent un ingénieur, responsable devant le conseil d’administration. Au dessous de lui, l’ingénieur principal ou ingénieur en chef du fond, qui commande à des ingénieurs divisionnaires, responsables d’un ou de plusieurs sièges d’extraction.
On passe ensuite à l’ingénieur de quartier ou sous-ingénieur, qui dirige plusieurs chantiers ayant une cohérence géologique. Les ingénieurs civils sont de nouveaux venus dans la mine : ils apparaissent avec la révolution industrielle, dans les années 1830. Leur rôle est essentiellement la production intellectuelle de projets d’exploitation cohérents et coordonnés. Ils s’occupent peu du travail ouvrier.
Ce sont les gouverneurs qui dirigent pratiquement les ouvriers. Gouverneur est synonyme de maître-mineur ou de porion. C’est un terme propre au bassin de la Loire. Si l’ingénieur est un concepteur, le gouverneur est un meneur d’hommes, certes dépourvu de connaissances théoriques, mais connaissant au jour le jour le travail de la houillère.

Il ne faut pas imaginer les ouvriers mineurs du 19e siècle comme une population stable disposant dans la houillère d’un emploi régulier. La plupart sont des ouvriers « à l’entreprise » ou à « prix fait ». Périodiquement la mine met aux enchères descendantes l’exploitation de chantiers ou le creusement de galeries. L’adjudicataire « à tant la benne », ou à tant le mètre de galerie répartit les gains entre ses compagnons ! Cette organisation du travail a été bien saisie par Zola dans Germinal. Elle n’est d’ailleurs pas propre à la houillère. Les seuls salariés permanents sont les ouvriers d’entretien et l’encadrement.
Cette situation va évoluer à partir des années 1890.